Journal d'une grimpeuse
Dimanche 30 janvier 2005 sémaphore route des Crêtes entre
Cassis et La Ciotat
Un soleil radieux nous souriait, et une petite brise
soufflait dans nos cheveux. Tous mes sens étaient en éveil et en émoi. La
journée s'annonçait prometteuse.
Dès notre premier rappel, un rouge-gorge grassouillet nous
a souhaité la bienvenue. Tiraillé par la faim sans doute et peu farouche, il
sautillait, voletait tout autour de nous s'approchant de plus en plus. Je
regrette de ne pas lui avoir donné la béquée, je suis certaine qu'il aurait
apprécié, tout autant que moi d'ailleurs. Mais qu'à cela ne tienne, c'est un
rêve et un souhait que je nourris et réserve pour une prochaine fois.
Au pied du premier rappel, nous nous retrouvons surplombant
la mer. Devant nous s'étend Cassis sous un ciel bleu avec pour horizon une
grande nappe de brume blanche, quelques bateaux, et le phare Alexandrie ( mais
non ! ) le phare quelque chose. Bref, une atmosphère ( atmosphère atmosphère
est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ) sortie tout droit d'un poème
romantique et mystérieux de Charles Baudelaire.
J'ADORE ET J'AIME
Nous amorçons notre second rappel, encadrés par notre
bien-aimé André dit Andrew, notre chef, notre mentor, notre guide, notre corde
de sécurité et j'en passe, sans oublier notre cher alsacien Laurent dit Lolo.
Avec ces deux bougres, aucun souci on peut s'abandonner, ils sont là, veillent
sur nous comme une mère couve ses petits. C'est rien que du pur bonheur.
Nous arrivons à la grotte du 14 juillet. A l'intérieur
c'est, noir c'est noir... Lampe frontale oblige, le dos courbé, à pas feutrés,
nous nous glissons à travers la grotte sinueuse, parfois étroite, peuplée de
stalactites et mites impressionnants. De quoi en faire fantasmer quelques uns.
Je n'en écrirai pas plus sur le sujet, je suis sûre que vous saisissez, ou
alors comme dit Elie Kakou : " T'as compris le coup après j' t'explique.
Pause déjeuner, séance photos, un martinet danse pour nous.
Le soleil tape, cogne de plus en plus fort. On se détend, on se larve au
soleil telles des tarentes, les yeux éblouis par la réverbération, la bouche
pleine de saucisson ( généreusement offert par Lolo ), on est bercés par
l'intarissable flot de paroles et histoires, oh combien captivantes de notre
Andrew chéri.
Puis il faut repartir, s'arracher à ce paradis vertigineux
pour entamer la via ferrata. Paroi verticale, on défie toute gravité et
apesanteur. Zen et détendue, je m'octroie une petite pause à mi-parcours, pour
être filmée et ainsi entrer dans la postérité de l'histoire des grimpeurs
(l'espoir fait vivre).
Puis pause avant notre super grand rappel (environ 50
mètres) où j'ai râlé et pesté envers et contre tout, car Andrew m'a fait un
auto-bloquant de folie, et j'aime pas même si c'est nécessaire. Car je vous
avoue que j'aime le rappel rapide. Or le noeud de Machard a gâché mon envie de
glisse. Mis à part ce fait, qui n'est guère intéressant d'ailleurs, rien n'a
entaché ce parcours idéal.
Le retour s'est fait aux pieds des falaises de Soubeyranne,
tranquillement encordés les uns aux autres, à la queuleuleu (rires) trois
mètres d'espace entre chacun, quand même je tiens à le préciser. Nous avons
visité une grotte refuge, avec à l'intérieur s'il vous plaît matelas, tables,
chandelles, lustre au plafond et à l'extérieur à l'entrée, tables avec
chaises pour la farniente. Alors qui c'est qui dit qu'on ne peut pas vivre
d'amour et d'eau fraîche !
Arrivés sur la route, fatiguée (car j'avais la grippe
espagnole de par mes origines méditerranéennes) fermant le cortège des
grimpeurs, je me vois mon Andrew faire un petit footing tout en jambes dans
une montée, alors que moi j'étais en train d'agoniser, crachant mes poumons
sur le sentier rocailleux. Ah j'étais pas fière ! J'étais partagée entre
l'admiration que j'ai pour cet Homme, et la gentille irritation pour sa
performance physique quelque peu humiliante à mon égard. Les quelques derniers
maîtres ont été instructifs et quelque peu confidentiels ( en tout bien tout
honneur ) en compagnie d'Andrew et de Pauline. Pauline ma petite et grande
grenouille, que je considère un peu comme ma petite soeur ( 14 ans ), que j'ai
prise sous mon aile et que je choie.
En conclusion, cette escapade au grand air a dépassé toutes
celles que j'ai pu partager avec les grimpeurs. Jamais je n'aurais imaginé
connaître un tel degré de sensations et d'émotions. J'ai enfin réalisé mon
rêve : celui de côtoyer les hauts sommets. C'est pourquoi je vous remercie
tous, et en particulier, Jeff, le propriétaire du magasin La Montagne, sans
qui je n'aurais pas fait les connaissances de gens simples, sains,
professionnels et fort sympathiques. Alors Jeff, Andrew, Gillou, le Stéph et
bien d 'autres encore, acceptez sans détour ce gros bisou qui vient du fond du
coeur.
Affectueusement, Carole.